LE BRESIL EN CHIFFRES (septembre)

BRESIL : Conjoncture Politique et Economique − septembre 2008


Le refus par la Chambre des Représentants du Congrès américain de voter le projet économique du Président Bush a plongé les places du monde entier dans une confusion totale que l´on n´avait pas vu depuis longtemps.


La Crise, le Brésil qui semblait jusqu´au 29 septembre ne devoir être qu´effleuré par la turbulence mondiale, ne pourra pas éviter d´en subir des contrecoups, hier le Président Lula reconnaissait que : «  Le Brésil peut subir une petite crise. » Le Président de la Banque Centrale Henrique Meirelles :  Le pays n´est pas totalement immune, mais il est préparé à l´affronter, le moment est d´attention. Le ministre des finances Guido Mantega ne nie pas la possibilité que cette crise touche le Brésil, mais avise : Nous sommes à notre poste prêts à résoudre les problèmes. Si la plupart des économistes sont d´accord pour prévoir que le Brésil va passer par une période moins facile, cependant dans les journaux du 30 on ne décèle pas un vent de panique. 

Il est certains que depuis quelques temps des paramètres se dégradent, des signes avant-coureurs ? La bourse dont l´indice Bovespa se situait le 7 mai dernier au niveau de 73.000 points, depuis perd de façon continue, en août niveau de 55.000 points et décroche en septembre encore plus rapidement le 29, après une suspension de séance de 30 minutes, elle récupère légèrement et termine au niveau de 46.000 points, perdant dans la journée 9,36% un peu plus que le Nasdaq (USA) 9,14%.  Le Réal subit une érosion analogue, en août à sa valeur maximum il cotait R$1,55 pour 1 dollar, il termine le 29 à 1,967. L´inflation, l´indice officiel était au niveau de 3,14%, moyenne de 2006, il augmente en 2007, atteignant 4,46% et le chiffre prévisionnel pour 2008, publié le 28.09 par la Banque Centrale est de 6,1%. Les deux premiers sont liés à la crise américaine − rapatriement de capitaux qui profitaient des taux d´intérêts élevés au Brésil − pour compenser maintenant les difficultés de crédits aux USA et en Europe. L´inflation n´a rien ou peu à voir avec la crise, elle est le résultat d´une surchauffe, provoquée par l´amélioration du pouvoir des Brésiliens, accompagnée de facilités de crédits, pour acheter presque tout à tempérament.

Le 30 le Sénateur Marco Maciel voit la sécurité du système bancaire Brésilien comme une protection contre les crises. Cette protection est le résultat de sa réorganisation du secteur et des règles appliquées, fruit du Programme de Stimulation  à la Restructuration et à la Solidification du Système Financier National “Proer” qui a demandé pour son élaboration et son application 5 années (1995 à 2000). Il conclut : « Actuellement face à cette crise, je pense qu´il n´y aura pas d´impact majeur qui puisse entraver la poursuite de notre développement » O Estado de São Paulo du 30.09. 

Dans la journée du 30 la bourse récupère une partie de ses pertes avec une croissance de 7,63% et le réal termine le mois avec une valorisation sur le 29 de 3,10%, à la Clôture 1 dollar vaut, 1,902 réals.


Cependant dans la soirée du 30 quelques économistes alertent : le problème pour la croissance sera la difficulté pour obtenir du crédit à l´extérieur. Les industriels l´obtenaient sans difficulté, pour financer leurs investissements et leur fonds de roulement, de même que les exportateurs pour leurs besoins de caisse. Ce volume de financements externes est une nécessité que le BNDES ne pourra substituer que très partiellement. Ils prévoient aussi : une diminution des commandes venant des pays développés, donc une réduction des exportations avec des entrées de devises inférieures aggravées par la diminution du prix des commodities ; une diminution de la croissance du PIB dès 2009, qui entraînera des entrées fiscales moindres amenant le gouvernement à réduire ses dépenses et à implanter un plan de rigueur. En fin de soirée le Président Lula a déclaré : « J´ai une certaine appréhension, mais je garantirai les ressources pour les choses que nous devons accomplir. »

        

A la 63ème Assemblée Générale des Nations Unies, le 23 septembre, le Président Lula prononce le discours d´ouverture. Il a avancé que : seulement des solutions globales peuvent  résoudre une crise de cette ampleur, ces solutions doivent provenir « d´un organisme multilatéral, respecté et libre. » C´est de l´ONU dit-il que devrait partir une convocation : « Pour donner une réponse vigoureuse aux menasses actuelles. » Les « organismes économiques existants supranationaux n´ont pas l´autorité et les instruments pour empêcher les pratiques spéculatives anarchiques » il faut : « Les reconstruire sur des bases entièrement nouvelles. » L´éditorialiste (O Estado de São Paulo du 24 septembre)  fait remarquer que la crise actuelle sera terminée avant que l´on puisse mettre sur pieds un accord quelconque en provenance de l´ONU qui n´a aucune compétence dans le domaine financier. Il existe actuellement à l´étude au sein du BIRD un travail pour faire une proposition, aussi ambitieuse que celle de Brettton Woods qui date de 1944, mais adaptée au problème du moment. Il conviendrait sans doute que le FMI et la Banque de compensations Internationales (BIS) travaillent avec le BIRD sur ce nouveau projet, elles, elles ont les compétences et les informations pour l´élaborer rapidement. Cette voie serait plus logique que de confier à une assemblée de l´ONU un tel objectif qui ne pourrait que produire : « Un schéma global de sécurité financière irréaliste. » Le Président Lula a conclu la première partie de son discours d´une manière plus réaliste : «  Seulement une action déterminée des gouvernements des pays qui sont au centre de la crise sera capable de combattre le désordre qui s´est installé dans les finances internationales, avec un effet pervers sur des millions de personnes et il ajoute « L´économie est une chose trop sérieuse pour la laisser aux mains des spéculateurs » adaptation d´une phrase du Premier ministre Clemenceau : «  La  guerre est une chose trop sérieuse pour la laisser aux mains des généraux. » Dans le reste de son discours il traite de questions qu´il qualifie d´également graves dans le monde d´aujourd´hui : la crise alimentaire qui menace un milliard d´êtres humains d´ou la nécessité de conclure le cycle de Doha ; la crise énergétique qui s´aggrave chaque jour et la dégradation dramatique du milieu ambiant, responsable de calamités naturelles. Ensuite, il a défendu la liberté d´immigration, évoquant les murs qui s´élèvent dans de nombreux pays : « Ce sont ceux qui prônent, la libre circulation des marchandises et des capitaux qui interdisent la libre circulation des hommes et des femmes avec des arguments nationalistes ou racistes – il a oublié qu´un étranger pour obtienne sa carte de séjour permanent au Brésil, tient du parcours du combattant. Enfin il n´a pas pu s´empêcher de fustiger ceux qui accusent la culture  de la canne à sucre, pour produire de l´éthanol, de le faire au préjudice de la production d´aliments.


Les paramètres économiques, pourtant en nette amélioration en ce qui concerne les divers indices connus du taux d´inflation, n´ont pas incité le Comité de Politique Monétaire à stabiliser le Taux Directeur de la Banque Centrale, Selic, au contraire, le marché attendait et je l´avais signalé le mois dernier, une augmentation de 0,25%. Il est vrai divisé les membres de Copom, à une faible majorité, ont opté pour une augmentation de 0,75%, portant le taux Selic à la valeur annuelle de 13,75%, valeur que l´on attendait pour le mois de décembre. La Copom a les yeux rivés sur les paramètres de l´année 2009 et s´il admet qu´il ne peut plus rien faire pour ramener l´inflation de 2008 en dessous de 6%, il veut assurer pour l´année 2009 un taux d´inflation en régression compris entre 4 et 4,5%. De plus, le Copom estime que l´économie entre traditionnellement dans le dernier trimestre avec une certaine surchauffe. Elle est provoquée par les achats des ménages, pour les fêtes de fin d´année, financés par le 13ème mois que les travailleurs reçoivent en novembre et décembre. La plus part des organismes économiques pensent que le Copom mène une politique dure erronée, mais certains économistes sont d´accord pour en citer un, le chef économiste de la financière Elson Teles écrit : « En ce moment le principal facteur de risque pour les indices de prix est le fait de la demande domestique qui croît à un taux élevé, sans donner des signaux diminution. » Les premiers taux d´inflation diffusés : L´indice de l´Institut Fipe (prix au détail pour São Paulo) IPC pour les 4 semaines terminant le 21 septembre, 0,44% (056% pour la même période du mois précédent  (O Estado de São Paulo du 26) ; l´indice officiel IPCA15 publié le 15 septembre pour les 30 jours antérieurs, décroît de façon continue depuis le mois de juin (0,90%), en août 0,35% et en septembre 0,26% (IBGE, O Estado de São Paulo du 25 septembre) ; l´IGPM publié le 30 qui représente surtout l´évolution des prix de gros est au niveau de 0,11% (-0,32 en août), 12,31 pour les derniers 12 mois.. Enfin au cours su mois le Réal s´est dévalué de 16,47% et le risque Pays, EMBI+, marque une hausse sensible, fin septembre, 337 points contre fin août, 240 et fin juillet, 221.

L´activité politique est absorbée par la campagne électorale des municipales. Le Président Lula qui, il y a quelques mois, disait ne pas vouloir participer à celle-ci ne peut pas s´empêcher d´aller soutenir les principaux candidats de sa majorité qu´il juge devoir gagner ces élections ; il est difficile de dire aujourd´hui si celle-ci remportera les municipalités de la plupart des capitales des Etats du Sud.

Un nouveau sondage renforce encore l´appui des Brésiliens au Président Lula, pour sa façon de gouverner le pays 80% de très bon et bon  et 69% approuvent son gouvernement, sondage Ibope commandé par le CNI (Confédération Nationale des Industries) Valor du 30 septembre.

     

La Présidente de l´Argentine, Cristina Kirchner était invitée à assister à Brasilia au défilé militaire et aux cérémonies de la commémoration de l´indépendance du Brésil qui a lieu le 7 septembre, jour férié, avec des défilés dans les capitales des Etats. Le lundi 8 la présidente Kirchner  et Lula ont eu une journée de travail. Le point important était l´élimination du passage obligatoire par le dollar pour régler les transactions commerciales entre les deux pays, l´étude de ce protocole a commencé à Buenos Aires, il a été signé le 8 septembre et entrera en vigueur dès le 3 octobre 2008. 

Cet accord pourra s´étendre aux autres pays membres du Mercosur (Uruguay et Paraguay) et dans une seconde étape au Chili, Venezuela et Bolivie.  « Un embryon de monnaie unique » dit Lula. 

Entre les deux présidents il a été question de coopération dans divers domaines en particulier dans le domaine nucléaire civil, création d´une entreprise bilatérale. Cette entreprise travaillerait sur l´enrichissement de l´uranium et la production de produits radioactifs utilisés par la médecine. 


La rencontre de Manaus, a lieu le 30, le Président Lula travaille avec les présidents Evo Morales, Chávez et Rafael Correa (Equateur). Avec Evo Morales la discussion portera sur le problème des velléités séparatistes des provinces et des conflits qui en ont résulté, avec la menace de couper la fourniture de gaz au Brésil. Avec Chávez qui vient de signer un accord de coopération nucléaire avec la Russie, le problème de son entrée dans le Mercosur que le Sénat Brésilien n´a toujours pas voté, enfin, l´affaire de la raffinerie que les deux pays construiraient ensembles à Pernambuco, Nord-Est du Brésil qui n´avance pas. Avec Correa l´affaire du barrage construit en équateur, par la société brésilienne Odebecht avec un prêt de la banque d´état du Brésil, BNDES et que Correa ne veut pas payer en raison de soi-disant malfaçons − Odebrecht est un spécialiste de grands travaux et a construit en dehors du Brésil plusieurs grands barrages.


L´activité économique ne marque pas de diminution, l´industrie travaille à pleine capacité (84%), les investissements continuent à croître, le PIB du second semestre a crû de 6,1% sur le même de 2007 − une donnée qui a surpris le Gouvernement par son intensité, la croissance des 4 derniers trimestres sur les précédents est de +6%. La Fédération des Industries de São Paulo a revu son indice de croissance du PIB en 2008 de 4,5 à 5,4% (O Estado de São Paulo du 11.09). Ces évaluations du début du mois ne laissaient pas supposer une certaine réduction de la croissance en raison de la crise, elle n´aura pas lieu, le dernier trimestre de l´année étant traditionnellement un des meilleurs en raison des achats pour les fêtes. La Fédération du Commerce prévoit des ventes de fin d´années normales ou bonnes pour la période. Le chômage diminue, il représente, 7,6% de la population active, c´est la seconde meilleure valeur depuis 2002, information IBGE (Institut Brésilien de Géographie et Statistique). Par contre si pour 2008 on peut dire qu´une croissance de 5,2% est assurée, d´après l´Ipea (Institut de recherches Economiques Appliquées), cet institut prévoit une décroissance de 2% du PIB en 2009, conséquence des retombées de la crise mondiale, un PIB de +3% est sa prévision.


Si le Brésil, devant cette crise mondiale, dont on ne connaît pas encore toute l´ampleur ni la durée, obtient en 2009 un taux de croissance de son PIB de 3% avec une inflation de 4 à 4,5%. Il faudra reconnaître que sa performance a été bonne.

                                                                                                         

Jean Avril     


São Paulo, le 30 septembre 2008



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