DOSSIER

DOSSIER : LES DEFIS DE LA CROISSANCE AU BRESIL


Prêt pour le décollage ?

Avec la conquête de l’Investment Grade, le Brésil devient une destination de plus en plus sûre pour les investisseurs étrangers. Toutefois, pour maintenir l’actuelle route de croissance, il faudra résoudre des problèmes tels que l’infrastructure déficitaire et l’importante charge tributaire.


Sûr, compétitif, attractif. Voilà l’image du Brésil pour les investisseurs étrangers, après la conquête de l’investment grade, en avril.
Octroyée, premièrement, par l’agence de classification Standard & Poor’s (S&P), la note du risque crédit du pays en monnaie étrangère, à long terme a été élevée de BB+ à BBB-, et en monnaie locale, à court terme, de B à A-3, ce qui correspond à une nouvelle étape pour l’économie nationale. Tout de suite, l’agence Fitch Ratings et la canadienne DBRS ont augmenté leurs notes du rating souverain de BB+ à BBB- et de BB à BBB, respectivement.
‘’Ces classifications sont les reflets de l’ajustement économique adopté depuis 1999, quand le pays a implanté une politique de contrôle de l’inflation.

 
Cela a été le début de l’excédent primaire, qui a provoqué la chute de la dette du PIB et du risque-pays’’, considère André Rebelo, responsable du département d’économie de la Fédération des Industries de l’Etat de São Paulo (Fiesp).
 ‘’Les investisseurs ont une vision différente du Brésil depuis que les agences d’évaluation de risque ont attribué l’indice ces deux derniers mois’’, a publié,  récemment, le journal britannique  Financial Times, en soulignant que les opérateurs de fonds d’investissements voient l’investment grade plutôt comme un label d’approbation que comme un changement radical de ses principes. ‘’Bien que le pays soit le dernier des BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) à recevoir sa note de rating élevée, de nombreux fonds sont déjà surchargés par les actions des entreprises brésiliennes’’, complète Rebelo, de la Fiesp.
 Regina Nunes, Présidente de S&P au Brésil, explique que la classification signifie qu’il est possible de transférer des ressources en toute confiance dans le pays, indiquant que le risque d’éventuels problèmes est bien plus faible. ‘’Les probabilités existent, et l’investisseur le sait. Il ne craint donc que les risques qu’il ne connaît pas »,
ajoute t-elle. En pratique, le titre retire le Brésil d’un état de vulnérabilité et le positionne dans une zone de sécurité économique, même pendant les périodes de crise internationale. ‘’Quand le pays n’est pas classé avec le degré d’investissement, le marché comprend qu’il est plus vulnérable aux mouvements mondiaux, comme, par exemple, la crise de l’Asie en 1998. Curieusement, le Brésil n’avait aucun lien avec ce fait, mais il a été atteint par cette situation immédiatement le lendemain, dit la présidente.
 Au milieu de l’actuelle crise des Etats-Unis, la prévision du marché, était d’annoncer l’investment grade seulement en 2009. La surprise de l’anticipation est venue accompagné d’une autre bonne nouvelle : le pays devrait atteindre environ 35 Mds USD en investissements étrangers directs (IEDs) jusqu’à la fin de 2008, dépassant la prévision initiale de la Banque Centrale (BC) de 32 Mds USD.
D’ailleurs, des données divulguées par la BC, révèlent que les IEDs productifs dans le pays se sont maintenus en hausse pendant le premier quadrimestre de cette année, atteignant la valeur record de 12,7 Mds USD jusqu’en avril. Par rapport aux investissements sur le marché financier, les chiffres ont sommé 4,7 Mds USD, en avril, et ont clôturé le quadrimestre avec 10,3 Mds USD.

 

Une administration cohérente – Henrique Meirelles, président de la Banque Centrale, a évalué que l’excédent primaire, le régime du change fluctuant et prévisions de l’inflation ont été indispensables pour l’obtention du degré d’investissement. ‘’Conquérir cette reconnaissance à une période d’instabilité internationale démontre la résistance croissante du pays aux chocs externes’’ affirme t-il.
‘L’investment grade, permettra certainement la réalisation d’investissements plus longs, car il a tendance à gérer une stabilité économique plus importante et à gagner la confiance des groupes étrangers’’ explique Louis Bazire, président de la BNP Paribas Brasil, ajoutant que la banque française avait déjà anticipé ce résultat.
‘’Si nous ne croyions pas dans le pays, nous n’aurions pas acquis 100% de la banque BGN du groupe Queiroz Galvão, l’année dernière’’, justifie t-il. En plus de la BNP, la Société Générale, elle aussi, attendait, encore en 2008, l’annonce de l’élévation du rating, ce qui démontre ‘’l’administration économique cohérente du Brésil’’, selon le président François Dossa. ‘’A partir de maintenant, le pays bénéficiera de l’entrée de ressources, pouvant ainsi investir dans les ports, l’énergie électrique, les aéroports et routes, secteurs qui font partie de la liste du Programme d’Accélération de la Croissance (PAC) et des Partenariats Publics-Privés (PPPs)’’.
 Lors d’une enquête réalisée avec plus de 300 entreprises, de 15 pays, l’entreprise KPMG International a constaté que 14% des interviewés prétendent investir de façon significative au Brésil entre 2013 e 2014, surpassant les 10% enregistrés actuellement. Ce qui fait passer le pays de la huitième à la sixième position du ranking de sélection, bénéficié principalement par le marché interne et par la stabilité économique. Parmi les secteurs qui devront recevoir le plus d’investissements, l’étude a indiqué que celui des produits industriels représentera 25% du montant durant la période, tandis que celui de la manufacture augmentera ses ressources de 11% à 20%.
Par rapport aux indices de compétitivité, l’économie brésilienne aujourd’hui se trouve à la 43ème place dans la classification mondiale, coordonnée par l’Institute for Management Development (IMD), de Lausanne, en Suisse. Lors de l’évaluation de 331 indicateurs quantitatifs et qualificatifs, subdivisés  en groupes – performance économique, efficacité du gouvernement et du monde entrepreunarial et infrastructure -, l’étude indique que l’augmentation du crédit, les réserves totales, les investissements externes et le coût du capital, la croissance des utilisateurs d’internet et le revenu per capita ont contribué à ce que le Brésil sortisse de la 49ème position, obtenue l’année dernière.
Les défis pour 2008 – dont l’enjeu est d’atteindre des positions encore meilleures dans ce classement – correspondent, selon l’enquête, à : l’implantation des projets prévus par le PAC, des réformes du système fiscal et des lois du travail ; l’équilibre entre la croissance, l’inflation, la dette publique, les taux d’intérêts et de change ; stimuler les entreprises privées à investir dans la recherche, le développement et l’innovation ; et diversifier la base d’exportation, ajoutant de la valeur technologique et réduisant la vulnérabilité commerciale.
Installée depuis trois ans dans le pays, CMA-CGM est une des entreprises qui parient sur le potentiel du marché brésilien, élu parmi les 150 pays où l’entreprise mène ses activités comme priorité mondiale. ‘’Le Brésil compte sur des institutions démocratiques solides, une économie stabilisée et bien fondée et un degré élevé de dynamisme’’, affirme Paulo Gudergues, directeur-commercial de la CMA-CGM au Brésil, en observant l’augmentation de 41,4% du volume de charge transportée dans le pays en 2007, volume qui représente environ 5% de son opération mondiale.  
Si d’un côté l’obtention de la classification représente une réaction positive des investisseurs, de l’autre cela signifie que le Brésil doit considérer sa politique de croissance et sa stabilité économique prioritaires pour qu’il puisse atteindre des notes de rating encore plus élevées. ‘’Les agences de classification de risque évaluent constamment la condition de solvabilité du gouvernement, observant combien il doit, quelle est sa politique d’excédent et si la dette se trouve dans une trajectoire déclinante par rapport au PIB. Cela peut indiquer l’augmentation ou le déclin de la note de rating’’, dit André Rebelo de la Fiesp.

 

 

Dépenses publiques – Pour conquérir des titres plus élevés, Regina Nunes croit, qu’à partir de maintenant, le gouvernement devra dépenser moins et mieux. ‘’Pour que le Brésil maintienne sa route de croissance, il est vital que les problèmes structuraux soient résolus. L’infrastructure déficitaire, les dépenses publiques élevées et la charge tributaire exagérée sont les principaux ennemis des émergents’’, attribue t-elle.
 Prévoyant des ressources de 503,9 Mds R$ (67,8 Mds R$ concernant le budget du gouvernement et 436,1 Mds R$ des entreprises étatales, fédérales et du secteur privé), le PAC a libéré, en 2007, 16,6 Mds R$ pour trois grands secteurs : logistique, énergétique et social. De ce montant, 9,2 Mds R$ correspondent aux investissements en infrastructure de ports, aéroports et routes, une réalité qui, selon Leonardo Domingues, responsable des opérations chez Figwal São Paulo, mériterait plus d’attention du gouvernement.
‘’Les investissements en logistique sont encore très timides’’, considère t-il.
 L’acquisition de l’investment grade, toutefois, pousse l’entreprise à croire en une croissance du secteur, résultante de la modernisation nécessaire du parc industriel brésilien, ‘’En pratique, ce processus implique l’importation de machines et d’équipements à court et moyen termes. Dans une seconde étape, nous profiterons de l’augmentation des exportations, due à cette modernisation’’, croit-il. Gudergues, de CMA-CGM, de son côté, dit que la licitation des oeuvres de dragage des ports, par exemple, prouve la préoccupation des autorités sur le développement du segment. ‘’Le secteur privé recherche aussi des opportunités en logistique, mais il faut garantir la sécurité juridique pour que les travaux se confirment’’, complète-t-il.

 
 
Considérée un des principaux freins au développement, la charge tributaire au Brésil correspond actuellement à 36%, tandis qu’aux Etats-Unis et au Japon elle est de 28% et au Mexique et en Chine en dessous des 20%. Pour la définir, André Rebelo de la Fiesp, résume : ‘’trop élevée pour un pays en développement’’, ‘’complexe’’, ‘’bureaucratique’’ et ‘’mal distribuée’’.
‘’Le problème de la charge tributaire est en rapport direct avec la mauvaise structure des dépenses publiques, qui augmentent sans arrêt et obligent le gouvernement à augmenter les impôts et à pratiquer un taux d’intérêt plus élevé’’, analyse-t-il.
 ‘’Bien que l’investment grade signifie l’arrivée de nouvelles entreprises au Brésil, ces changements sont nécessaires pour attirer d’autres ressources et garantir la permanence des groupes étrangers déjà établis dans le pays’’, cite Christiane Aché, responsable du département de Commerce Extérieur d’Alstom. Selon elle, malgré une présence de cinquante ans sur le territoire brésilien, les impôts élevés empêchent le placement de plus de ressources dans le pays. Même avec plusieurs défis à surmonter, internement le Brésil montre que les investissements sont effectifs. Lors du bilan bimestriel sur la destination des ressources des entreprises de l’Etat, le pays a obtenu encore un record : 13,4 Mds R$ dans la réalisation de chantiers et d’achat d’équipements entre janvier et avril, le plus grand obtenu ces dix dernières années.
Le budget implique l’exécution de travaux et de services sur 364 projets et 272 activités.
En 2008, sur le total des dépenses en investissements, 77,2% ont été financés par des ressources d’entreprises, qui correspondent à 67 compagnies étatales fédérales, dont 58 du secteur productif et 9 du segment financier.

Source : Extraits de l’article « Pronto para Decolar ? », Revue França-Brasil n°288, juillet / août 2008.
Traduction : Annie Sokolowski. Révision : Carine Vicente, Chambre de Commerce France-Brésil de São Paulo.


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