Le plan de vaccination du patronat brésilien suscite un tollé

Des industriels souhaiteraient acheter 33 millions de doses pour vacciner leurs employés et s’engagent à en laisser la moitié à l’Etat. En pleine pénurie de vaccins, le projet, dont les modalités restent assez nébuleuses, est durement contesté.

 

La coalition d’industriels qui regroupe trente entreprises a jeté un joli pavé dans la mare. Le Brésil est en retard dans son programme de vaccination ? Il y a une pénurie de vaccins dans le pays ? Faites donc confiance au secteur privé, suggère ce groupement d’entreprises, qui propose d’acheter lui-même 33 millions de doses pour vacciner ses employés. Pour faire avaler la pilule, ce groupe assure qu’il donnerait la moitié de ces doses à l’Etat pour son propre programme de vaccination national.

La négociation, précise un membre du patronat, ne s’effectuerait pas directement avec AstraZeneca, qui s’est engagé à livrer 100 millions de doses au gouvernement brésilien, mais avec BlackRock. Ce que le gestionnaire d’actifs dément formellement aux «Echos»: «BlackRock n’a conclu aucun accord avec un quelconque fournisseur de vaccins Covid pour l’acquisition du vaccin et n’a jamais engagé de discussions liées aux efforts des entreprises brésiliennes pour acquérir le vaccin d’AstraZeneca. Ces rumeurs sont totalement infondées.»

Dans un contexte de pénurie mondiale de vaccins, cette initiative du groupe d’entreprises fait néanmoins tiquer. « Cette histoire est mystérieuse », estime Thomas Conti. Ce professeur d’économie à Insper, une école de commerce de São Paulo, soupçonne que « le vendeur des vaccins est le gouvernement lui-même ». AstraZeneca dément également toute discussion.

 

A qui la priorité ?

Le Brésil a pour l’instant vacciné quelque trois millions de personnes (soit 1,5 % de sa population). Les entreprises pourraient-elles vacciner leurs employés avant même que le service public puisse immuniser le personnel soignant et les personnes âgées ?

« Il ne s’agit pas de ‘sauter la queue’, mais cela soulagerait en fait le système de santé public, estime Eduardo Marson, président de Global Forest Bond. Pour les ouvriers du BTP, ce ne serait pas un privilège. Il y a beaucoup de gens qui ne peuvent pas travailler chez eux et qui ne peuvent pas se protéger ».

Légalement, ce n’est pas faisable, estime pour sa part Romeu Zema, gouverneur de l’Etat de Minas Gerais. « Il ne serait pas juste que quelqu’un puisse se faire vacciner avant les autres parce que son entreprise a donné une contribution, pendant que d’autres se contaminent ou décèdent », a-t-il récemment expliqué à la Chambre de commerce France-Brésil. Sans compter que le prix des vaccins, dans un contexte de pénurie, pourrait exploser…

 

Thierry Ogier (Correspondant à São Paulo)

 

Matéria original: https://www.lesechos.fr/monde/ameriques/le-plan-de-vaccination-du-patronat-bresilien-suscite-un-tolle-1287499

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